les allures du temps

Si la bibliothèque de Gabrielle Chanel dit l'essentiel de son univers le plus intime, elle suggère également comment la fréquentation des livres peut infléchir le cours d'une vie. Les titres des ouvrages, les auteurs, les récits révèlent cette trame de correspondances multiples entre la lectrice et ses livres, une lectrice qui lentement devient un auteur dans son domaine. Ainsi les livres ont-ils « modelé » les réflexions de Gabrielle Chanel, transformé ses intuitions en pensée, et en propos. Dans l'écriture de sa propre légende, elle confronte les poètes antiques aux écrivains du XIXe siècle, comme à ses amis Jean Cocteau, Max Jacob, Pierre Reverdy. Dans cette « collision » des époques, elle trouve une temporalité : celle des livres qui ont cette capacité à parler simultanément à l'intérieur d'une époque et au delà de toutes les époques... Peut-être cette constatation lui fait-elle élaborer une écriture qui dépasse celle de la mode, par essence éphémère, pour aller vers ce qui demeure sa signature : l'élaboration d'un style, enrichi, pérennisé jusqu'à aujourd'hui.

Lewis et Irène

Écrivain et diplomate, Paul Morand (1888-1976) fait partie du cercle de Gabrielle Chanel. Dans les années vingt, son écriture, sa liberté, comme sa manière de conduire sa vie, trouvent un écho dans le style que Chanel parvient à imposer.

Paul Morand connait et apprécie Boy Capel, il s'inspire librement du couple qu’il forme avec Gabrielle Chanel pour écrire Lewis et Irène, un roman publié en 1924 dont l'exemplaire figurant dans la bibliothèque de Mademoiselle Chanel porte la dédicace : « Ce Lewis qui rappelle un peu Boy Capel ». Comme Gabrielle Chanel, Paul Morand est un habitué de Venise dont il apprécie les aspects cosmopolites et les mondanités. En 1976, il publiera Venises qui sera son dernier livre.

Il laissera également un ouvrage L'Allure de Chanel dans lequel il relate leurs conversations.

PAUL MORAND

Lewis et Irène
Paris, Le Livre de Poche,
1969

Gabrielle Chanel, Boy Capel et Constant Say
sur la plage à Saint-Jean-de-Luz

v. 1916

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