Les confidences de l'invisible

La pratique assidue de la lecture répond au goût de Gabrielle Chanel pour l’invisible. Ce dialogue à travers les siècles, allant de l’Antiquité à ses contemporains, est jalonné par les ouvrages de Sophocle, Virgile, Rabelais, Shakespeare, Montaigne, Madame de Sévigné, Baudelaire, Verlaine, Barbey d'Aurevilly, Lautréamont, Rilke, Proust, Claudel, Apollinaire et Mallarmé. L'écriture poétique constitue le cœur de sa bibliothèque, et la poésie à laquelle Mademoiselle est profondément attachée alimente ses liens d'amitiés avec Jean Cocteau, Max Jacob, Pierre Reverdy, qui lui adressent poèmes dédicacés et lettres. La proximité des auteurs et des textes lui permet de trouver dans son expression, qui est celle de la mode, une modernité qui défie sa propre temporalité et se projette au-delà.

Max Jacob

Poète, romancier, peintre à ses heures, Max Jacob (1876-1944) est à la croisée de toutes les avant-gardes. Ce proche de Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso, Juan Gris, inscrit la poésie française dans l'art moderne.

Sa rencontre avec Picasso a lieu en 1901, lorsqu' il découvre les œuvres du jeune artiste chez le marchand Ambroise Vollard.
En 1907 Picasso fait de lui un portrait qui annonce le cubisme.
Le marchand d'art Henry Kahnweiler, proche des cubistes, sollicite Picasso pour illustrer Saint Matorel, un manuscrit de Max Jacob rédigé en 1911. En 1915, Max Jacob, né dans une famille juive non pratiquante, se convertit au catholicisme après avoir eu plusieurs « visions », Picasso est son parrain.
En 1917, il édite à compte d'auteur Le Cornet à dés une réponse au poème de Stéphane Mallarmé Un coup de dés. C'est lui qui présente le jeune Raymond Radiguet à Jean Cocteau. Il est également avec Jean Cocteau et Pablo Picasso au chevet de Guillaume Apollinaire lorsque celui-ci meurt le 9 novembre 1918...

Malgré des périodes d'éloignement, Max Jacob restera lié au même cercle artistique jusqu'à sa mort en 1944, au camp de déportation de Drancy.

PABLO PICASSO ET MAX JACOB

Portrait de Max Jacob par Picasso et poème manuscrit
de Max Jacob
1917

PABLO PICASSO

Femme étendue lisant
1952

Femme étendue lisant

C’est l’image paisible d’une femme plongée dans sa lecture, une « liseuse », un sujet que Picasso représentera à plusieurs reprises à différents moments de son œuvre.
L’image de la femme qui lit est récurrente dans l’histoire de la peinture : la lecture y est sacrée (vierge ou sainte penchée sur la bible) ou profane (la lectrice décryptant une simple missive amoureuse, ou penchée sur un livre).
La « liseuse » ne regarde pas le peintre (ni le spectateur), elle est à la fois dans son livre et dans ses pensées, elle est vue à son insu comme par effraction : la lecture est un plaisir solitaire.

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